Les électeurs guinéens sont appelés aux urnes ce dimanche 28 décembre pour le premier tour de l’élection présidentielle. Un scrutin majeur censé marquer le retour à l’ordre constitutionnel, après plus de quatre années de transition politique, dans un contexte à la fois apaisé et sous haute surveillance.
Environ 6,7 millions d’électeurs guinéens se rendent aux urnes ce dimanche 28 décembre pour élire leur prochain président. Ce premier tour de l’élection présidentielle oppose huit candidats, dont le président de la transition, Mamadi Doumbouya, face notamment à Abdoulaye Yéro Baldé et Faya Millimouno. Ce scrutin intervient après plus de quatre ans de transition, amorcée à la suite du renversement du président Alpha Condé.
Mamadi Doumbouya, du putsch à la candidature
En septembre 2021, Mamadi Doumbouya avait renversé Alpha Condé en promettant de ne pas se présenter à l’élection présidentielle. Il est pourtant aujourd’hui candidat. Selon son Premier ministre, Bah Oury, cette candidature vise à consolider les acquis de la transition et à poursuivre les efforts de développement économique du pays.
Durant la campagne, le chef de la transition est resté relativement discret. Ses interventions publiques se sont limitées à un clip de campagne et à une allocution préenregistrée. Sur le terrain, ce sont surtout ses ministres et ses soutiens qui ont défendu son bilan et son projet auprès des électeurs.
Des challengers aux profils contrastés
Face à Mamadi Doumbouya, Abdoulaye Yéro Baldé s’impose comme l’un des principaux challengers. Ancien ministre de l’Enseignement supérieur sous Alpha Condé, il avait quitté le gouvernement pour protester contre la tentative de troisième mandat de l’ancien président.
Autre figure critique, Faya Millimouno, leader du Bloc libéral, s’est distinguée par ses prises de position durant la transition, dénonçant notamment les disparitions d’opposants et la fermeture de médias audiovisuels.
Le scrutin compte également Makalé Camara, ancienne diplomate et ex-ministre des Affaires étrangères, seule femme candidate à cette élection, ainsi que Mohamed Nabé, de l’Alliance pour le renouveau et le progrès. Les autres candidats sont Bouna Keita, Abdoulaye Kourouma, Mohamed Chérif Tounkara et Ibrahima Abé Sylla.
L’absence des grandes figures politiques historiques
Cette présidentielle est aussi marquée par l’absence de figures majeures de la vie politique guinéenne des trente dernières années, telles qu’Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, tous actuellement en exil. Leurs partis ont appelé leurs militants à boycotter le scrutin, une position qui alimente certaines inquiétudes.
Une élection sous surveillance nationale et internationale
Le déroulement du scrutin est observé de près par plusieurs organisations internationales, dont l’Union africaine, la Cédéao et l’Union européenne, ainsi que par des observateurs nationaux déjà déployés sur le terrain.
Parmi eux, le Réseau ouest-africain pour l’édification de la paix (Wanep), qui se concentre sur les risques de violence. Son responsable, Tamba Jean Tolno, estime que l’appel au boycott pourrait être source de tensions :
« Les leaders ont appelé leurs militants à rester chez eux. Certains peuvent interpréter le boycott comme une volonté d’empêcher les autres d’aller voter, ce qui peut mener à la violence. »
Il se dit néanmoins rassuré par le dispositif sécuritaire mis en place par les autorités.
Autre acteur mobilisé, l’Association des blogueurs de Guinée (Ablogui), spécialisée dans l’observation numérique. Alors que l’accès à Facebook est déjà bloqué depuis lundi, son président Baro Condé redoute des restrictions plus larges d’Internet, susceptibles de compliquer la remontée d’informations :
« Nous avons développé des outils de résilience, mais si Internet est fortement restreint, les données ne pourront être transmises qu’avec retard. »
Les premières observations de ces différentes organisations sont attendues dès ce 28 décembre, alors que la Guinée s’engage dans une étape cruciale de son histoire politique.
