Port-au-Prince, le 1er janvier 2026 — Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, la présence du Premier ministre et d’un Conseiller président au Champ de Mars, au kiosque O. Jeanty, se voulait un geste de proximité avec la population à l’occasion du passage à la nouvelle année. Une image forte, certes, mais qui peine à masquer le fossé grandissant entre les symboles du pouvoir et la réalité quotidienne vécue par les citoyens.
Depuis plusieurs années, les Haïtiens vivent au rythme de l’insécurité, de la cherté de la vie, de la paralysie économique et de l’effondrement des services publics. Dans ce contexte, la descente nocturne des autorités au cœur de la capitale pose une question essentielle : la proximité proclamée suffit-elle à rassurer une population qui peine à circuler librement en plein jour ?
Le discours sur l’unité nationale, régulièrement invoqué par les dirigeants, semble désormais vidé de sa substance lorsqu’il n’est pas accompagné de décisions claires, de politiques publiques visibles et de résultats mesurables. L’unité ne se décrète pas dans un discours de circonstance ; elle se construit par la justice sociale, la sécurité effective et le respect des engagements pris envers le peuple.
La réaffirmation de la volonté d’organiser des élections libres et crédibles en 2026 s’inscrit dans une rhétorique devenue familière. Pourtant, sur le terrain, les conditions minimales – sécurité, confiance institutionnelle, cadre électoral consensuel – restent largement absentes. À force de promesses répétées sans échéancier précis ni mécanismes transparents, le scepticisme populaire ne cesse de croître.
En ce 1er janvier, date hautement symbolique de l’histoire nationale, la Nation haïtienne mérite plus qu’un message de continuité de l’État. Elle attend un changement de méthode, une rupture avec la gouvernance de façade et une véritable prise en compte des urgences nationales.
Haïti n’a pas besoin d’être seulement « debout » dans les discours. Elle a besoin d’un État qui marche aux côtés de son peuple, de jour comme de nuit, non pas pour être vu, mais pour agir.
