La rencontre entre la Conseillère-Présidente Régine Abraham et une délégation de haut niveau de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), tenue le 20 janvier 2026 à la Villa d’Accueil, s’inscrit dans une longue tradition de discussions institutionnelles autour de la sécurité alimentaire en Haïti. Une tradition marquée par l’urgence permanente, mais aussi par une incapacité chronique à transformer les échanges diplomatiques en politiques structurelles durables.
Autour de la table, les constats sont connus : insécurité alimentaire aggravée, production agricole en déclin, vulnérabilité accrue des ménages et dépendance croissante à l’aide internationale. Les solutions évoquées — soutien à la production, résilience, assurance agricole — figurent depuis des années dans les recommandations des partenaires techniques et financiers. Pourtant, sur le terrain, la situation continue de se détériorer.
La présence de responsables de premier plan de la FAO témoigne certes de l’intérêt renouvelé de la communauté internationale pour la crise alimentaire haïtienne. Mais elle met aussi en lumière un déséquilibre persistant : les priorités stratégiques du pays semblent encore largement définies à l’extérieur, tandis que l’État peine à imposer une vision agricole claire, cohérente et souveraine.
Régine Abraham, en tant que Conseillère-Présidente, porte une responsabilité politique qui dépasse le cadre protocolaire de ces échanges. La question n’est plus de savoir si Haïti a besoin d’un appui international — cette évidence n’est contestée par personne — mais de déterminer si les autorités de la transition sont capables de rompre avec la logique de gestion de crise permanente pour engager une véritable réforme du secteur agricole.
L’idée d’une assurance agricole, souvent présentée comme une avancée, pose elle aussi question dans un pays où une grande partie des agriculteurs évoluent dans l’informalité, sans accès réel au crédit, aux intrants, ni à un encadrement technique stable. Sans réforme foncière, sans sécurisation des zones rurales et sans investissement massif dans la production locale, ce type de mécanisme risque de rester un outil théorique, déconnecté des réalités paysannes.
Au-delà des déclarations et des communiqués, la rencontre avec la FAO révèle surtout l’urgence d’un changement de méthode. La sécurité alimentaire ne peut être traitée comme un dossier parmi d’autres, ni comme un simple objet de coopération. Elle est une question de souveraineté, de stabilité sociale et de survie nationale.
En ce sens, la balle est désormais dans le camp des autorités de la transition. Les Haïtiens attendent moins de réunions de haut niveau et davantage de décisions courageuses, capables de redonner au pays les moyens de nourrir sa population par lui-même.
