Port-au-Prince, 27 février 2026. — Dans un contexte marqué par de vives tensions au sein du secteur éducatif, l’ancien ministre de l’Éducation nationale, Nesmy Manigat, est intervenu publiquement à la suite de la décision du ministre en fonction, Augustin Antoine, de dénoncer l’accord liant le Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) à l’École Normale Supérieure (ENS).
Dans une lettre ouverte datée du 26 février 2026, il appelle à une relecture stratégique et institutionnelle du dossier, recentrant le débat sur l’avenir de la profession enseignante en Haïti.
Une contestation grandissante
Ces dernières semaines, la contestation s’est intensifiée. Plusieurs organisations, dont le CONEHQ et le REDRESEH, ainsi qu’un regroupement de jeunes stagiaires, accusent le ministère d’avoir « rompu » le protocole d’accord MENFP-ENS signé en 2013.
Cet accord, consolidé par un arrêté présidentiel publié dans le journal officiel Le Moniteur le 17 septembre 2014, établit un ensemble de « 12 mesures » servant de cadre à l’intégration progressive des enseignants formés dans les institutions publiques, notamment à l’ENS.
Professionnalisation et attractivité du métier
Dans sa correspondance, Nesmy Manigat adopte un ton mesuré. Il reconnaît les contraintes budgétaires, structurelles et organisationnelles auxquelles fait face le ministre Antoine, particulièrement dans un contexte de réforme curriculaire et de fragilité institutionnelle.
Cependant, pour l’ancien ministre, le débat dépasse la simple dimension administrative. Il s’agit avant tout de garantir la professionnalisation durable du corps enseignant.
Il souligne que le métier attire de moins en moins de jeunes diplômés. Dans un pays confronté à une fuite importante des compétences, chaque signal envoyé aux étudiants des filières pédagogiques revêt une portée stratégique. L’affaiblissement des mécanismes d’intégration pourrait, selon lui, décourager une relève déjà fragile.
Continuité de l’État et qualité du système éducatif
Nesmy Manigat insiste sur l’importance des dispositifs d’évaluation, du stage probatoire et de l’intégration progressive des jeunes diplômés dans la fonction publique enseignante. À ses yeux, ces mécanismes ne constituent pas des privilèges corporatistes, mais des instruments essentiels de qualité, de rigueur et de stabilité pour le système éducatif.
Au-delà du dossier ENS, il soulève une question plus large : celle de la continuité de l’État. Les décisions structurantes en matière de formation et de relève enseignante, estime-t-il, ne devraient ni être différées ni remises en cause au gré des alternances administratives.
Alors que certains acteurs évoquent des motivations politiques derrière la dénonciation du protocole, l’ancien ministre choisit d’éviter la polémique. Son intervention vise plutôt à élever le débat, en le déplaçant du terrain juridique vers une réflexion stratégique sur la construction d’une relève compétente et motivée.
Pour Nesmy Manigat, l’avenir de l’école haïtienne dépend avant tout de la valorisation du métier d’enseignant, de la solidité de sa formation et de la clarté des perspectives d’intégration offertes aux jeunes diplômés.
