Un professeur de danse rock et hypnothérapeute autoproclamé comparaît à partir de ce lundi 6 janvier devant la cour criminelle des Bouches-du-Rhône. Il est accusé d’avoir drogué, violé et filmé à leur insu plusieurs femmes pendant près de dix ans.
Après le retentissant procès des viols de Gisèle Pelicot, une nouvelle affaire de soumission chimique s’ouvre ce lundi à Aix-en-Provence. Cyril Zattara, professeur de danse rock et hypnothérapeute autoproclamé, sera jugé pour des faits d’une extrême gravité : il est accusé d’avoir drogué et violé 14 femmes sur une période de près de dix ans, avant de les filmer sans leur consentement.
Âgé aujourd’hui de 47 ans, l’homme est en détention provisoire depuis près de cinq ans. Devant la cour criminelle des Bouches-du-Rhône, 19 parties civiles se constitueront, certaines pour viols, d’autres pour atteinte à la vie privée.
Un mode opératoire méthodique
Décrit par son entourage comme sociable et « empathique », l’accusé menait en réalité, selon les enquêteurs, un mode opératoire parfaitement rodé. Il recevait ses victimes, souvent chez lui, leur servait un verre d’eau ou de vin dans lequel il glissait un somnifère de type benzodiazépine, notamment du zolpidem. Profitant de leur état de confusion, il abusait sexuellement d’elles.
Les victimes étaient pour la plupart des femmes de son entourage : amies, anciennes partenaires, élèves ou clientes venues consulter pour des séances d’hypnose, une pratique qu’il exerçait sans aucun diplôme, au domicile de ses parents à Aix-en-Provence.
La plainte déclencheuse
L’affaire éclate en 2019, lorsqu’une étudiante de 24 ans porte plainte. Elle avait rencontré Cyril Zattara lors d’une soirée de danse, puis l’avait revu pour une séance d’hypnose. Après avoir bu partiellement un verre de vin qu’il lui avait servi, elle est prise de bouffées de chaleur, perd ses repères, puis se réveille avec des souvenirs fragmentés, se rappelant notamment avoir vomi et avoir été pénétrée contre son gré.
Des traces de l’ADN de l’accusé seront retrouvées sur ses ongles et ses sous-vêtements, renforçant les charges à son encontre.
Vidéos, analyses toxicologiques et état léthargique
Les investigations mettront au jour des photos et vidéos intimes stockées sur le matériel informatique de l’accusé. Les enquêteurs constateront que, lors des actes filmés, les femmes apparaissent dans un état léthargique, le regard vide et les bras ballants.
Les examens sanguins et capillaires confirmeront l’ingestion de benzodiazépines, contredisant les explications de l’accusé, qui attribuait l’état de ses victimes à l’hypnose ou à une consommation excessive d’alcool.
Reconnaissance partielle des faits
Par la voix de son avocate, Maître Dorine Sekly Livrati, Cyril Zattara affirme avoir « énormément évolué » grâce à un suivi psychologique et psychiatrique. Il reconnaît aujourd’hui dix des quatorze viols qui lui sont reprochés, qu’il qualifie lui-même « d’immondes » et de « monstrueux ».
Son avocate soulève également la question de la prescription et de l’accès aux somnifères, estimant que certains médicaments sont trop facilement détournés à des fins criminelles.
Vers un procès à huis clos ?
Dès l’ouverture du procès, une demande de huis clos devrait être formulée par Maître Caroline Kazanchi, avocate de l’une des victimes. Selon elle, cette mesure est indispensable pour libérer la parole, dans un contexte marqué par l’onde de choc médiatique de l’affaire Pelicot. D’autres avocates évoquent un « effet de groupe » qui pourrait freiner certaines victimes à s’exprimer publiquement.
Une affaire au retentissement national
Ce procès, prévu jusqu’au 20 janvier, fait écho à l’affaire dite des viols de Mazan, dans laquelle 51 hommes ont été condamnés pour avoir violé Gisèle Pelicot alors qu’elle était droguée par son mari. Le président de la cour, le juge Roger Arata, avait d’ailleurs déjà officié lors de ce procès historique à Avignon.
À Aix-en-Provence, la justice devra à nouveau se prononcer sur des faits qui interrogent profondément la société française sur la soumission chimique, la confiance, l’emprise et la protection des victimes.
