Dans une interview accordée au Le Nouvelliste, Carlos Ruiz Massieu, représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Haïti et chef du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), a précisé les orientations du nouveau mandat confié par le Conseil de sécurité des Nations unies.
Selon lui, le mandat a été « recentré » avec des priorités renforcées, notamment en matière d’appui au processus électoral et de stratégie de démobilisation des gangs.
Un mandat recentré, sans changement de nature
Carlos Ruiz Massieu rappelle que le BINUH demeure une mission politique spéciale dont le rôle est d’accompagner les autorités haïtiennes, sans se substituer à elles.
« Nous sommes en Haïti pour appuyer les autorités et les institutions, pas pour décider à la place des Haïtiens », a-t-il souligné.
Le bureau poursuit ainsi son travail d’accompagnement du dialogue politique, de renforcement de la gouvernance et de suivi de la situation des droits humains sur l’ensemble du territoire.
La principale évolution concerne toutefois un appui plus structuré au processus électoral, dans un contexte de transition institutionnelle.
Élections et démantèlement des gangs au cœur des priorités
Le chef du BINUH insiste sur la nécessité d’une meilleure coordination de l’appui international autour des priorités définies par les autorités haïtiennes :
- restauration de la sécurité publique
- rétablissement de l’autorité de l’État
- organisation d’élections crédibles
Il évoque également une stratégie de démobilisation et de démantèlement des gangs, avec un accent particulier sur la réinsertion des enfants associés aux groupes armés et la réduction de la violence communautaire.
Concernant la Force de répression des gangs (FRG), il précise qu’elle est autonome, bien qu’autorisée par le Conseil de sécurité. Le nouveau Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti (BANUH) assurera un soutien logistique, technique et administratif à cette force.
Sanctions et justice : des responsabilités partagées
Interrogé sur la lenteur perçue du comité des sanctions de l’ONU, Carlos Ruiz Massieu rappelle que les décisions relèvent exclusivement des États membres du Conseil de sécurité et nécessitent l’unanimité.
Il estime néanmoins que cet outil pourrait être mobilisé de manière plus décisive.
Quant à d’éventuelles poursuites judiciaires contre des personnes sanctionnées, il précise que cette responsabilité appartient aux autorités judiciaires haïtiennes. Le BINUH encourage ces dernières à agir afin de lutter contre l’impunité.
Une transition politique sous surveillance
À propos de la nouvelle phase de la transition dirigée par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le représentant onusien affirme que l’ONU soutient les autorités dans la mise en œuvre de leurs objectifs, tout en appelant à la création des conditions d’un processus électoral inclusif, notamment pour les femmes et la jeunesse.
Il évoque « une opportunité à saisir pour Haïti », invitant les acteurs politiques à privilégier l’intérêt national.
Justice, humanitaire et défis financiers
Carlos Ruiz Massieu reconnaît que la réponse sécuritaire doit impérativement s’accompagner d’un renforcement des institutions judiciaires et pénitentiaires, plusieurs infrastructures ayant été détruites en 2024.
Sur le plan humanitaire, il alerte sur l’ampleur croissante des besoins : 6,4 millions de personnes auront besoin d’une aide d’urgence en 2026, tandis que 880 millions de dollars sont nécessaires pour financer la réponse humanitaire — un plan actuellement sous-financé.
Malgré les contraintes budgétaires auxquelles font face les Nations Unies, il assure que l’organisation reste mobilisée pour soutenir Haïti sur les plans sécuritaire, humanitaire et institutionnel.
Une leçon des missions passées
Enfin, Carlos Ruiz Massieu reconnaît que si les missions onusiennes ont souvent permis une stabilisation immédiate en période de crise, la consolidation durable après leur départ demeure un défi majeur.
Il plaide pour une réponse sécuritaire déterminante contre les gangs, combinée à la reconstruction économique, au renforcement de l’État de droit et à la création d’opportunités pour la jeunesse haïtienne.
