Port-au-Prince, 26 décembre 2025 – À quelques semaines de la fin de son mandat, le gouvernement met en avant des travaux d’embellissement réalisés au Champ de Mars, présenté comme un symbole de renaissance nationale et de cohésion sociale. Une communication qui suscite toutefois des interrogations quant à la portée réelle et à la sincérité de ces actions, longtemps attendues par la population.
Haut lieu de mémoire et espace civique majeur, le Champ de Mars a été, pendant plusieurs années, laissé dans un état de dégradation avancée, à l’image de l’abandon généralisé des espaces publics dans la capitale. Ce n’est qu’à l’approche des fêtes de fin d’année — et surtout à l’heure du bilan — que des travaux visibles ont été entrepris, alimentant les critiques sur une gestion davantage orientée vers l’image que vers la continuité de l’action publique.
Présentés comme le fruit d’une « action concertée » et d’un « esprit de responsabilité collective », ces aménagements tardifs peinent à masquer une réalité plus profonde : l’absence de politique durable de réhabilitation urbaine, de sécurité constante et de planification à long terme. Pour de nombreux citoyens, ces interventions ressemblent davantage à une opération de communication de fin de mandat qu’à une réponse structurelle aux défis urbains et sécuritaires du pays.
Si le gouvernement évoque la réappropriation des territoires et le renforcement de la cohésion sociale, le Champ de Mars demeure entouré de zones marquées par l’insécurité, la précarité et l’instabilité. La population, elle, continue de faire face à une crise sécuritaire aiguë, à des déplacements forcés et à une dégradation persistante des conditions de vie, bien au-delà des espaces ponctuellement rénovés.
La mise en avant de l’unité nationale et de la restauration de la confiance collective contraste également avec un climat politique fragilisé par des promesses non tenues, une transition prolongée et un calendrier électoral incertain. Peindre le Champ de Mars aux couleurs de l’espoir ne suffit pas à restaurer la légitimité ni à répondre aux attentes profondes de la société haïtienne.
En définitive, si l’embellissement du Champ de Mars peut être salué comme un geste positif, il ne saurait constituer un bilan satisfaisant ni une preuve de transformation réelle. La population attend davantage qu’une vitrine de fin d’exercice : elle réclame des actions cohérentes, durables et continues, capables de survivre aux mandats et de produire un impact tangible sur le quotidien des Haïtiens.
