Alors que l’économie haïtienne reste largement dominée par les transactions en espèces, la Banque de la République d’Haïti (BRH) affiche sa volonté d’accélérer la transition vers des paiements électroniques plus accessibles, plus sécurisés et mieux encadrés. Cette orientation a été mise en lumière à travers le lancement d’une nouvelle rubrique institutionnelle, « Le Mot du Gouverneur », portée par le gouverneur Ronald Gabriel.
À travers cette initiative, la banque centrale entend expliquer ses choix stratégiques et replacer la modernisation des systèmes de paiement au cœur du débat économique national.
Un système financier encore peu inclusif
En Haïti, l’usage des services financiers formels demeure limité, tant chez les particuliers que dans le tissu entrepreneurial. Une large partie de la population adulte ne dispose pas de compte bancaire ou de solution de paiement électronique, tandis que la majorité des petites entreprises fonctionnent encore exclusivement en espèces.
Pour la BRH, cette situation freine non seulement la fluidité des échanges économiques, mais complique également la traçabilité des flux financiers et l’élargissement de l’assiette économique formelle.
Les systèmes de paiement comme levier de transformation
Dans sa réflexion, le gouverneur de la BRH souligne que la modernisation des paiements n’est pas un simple enjeu technologique. Elle constitue un levier stratégique pour favoriser l’inclusion financière, réduire les coûts de transaction et renforcer la confiance dans le système financier.
La banque centrale rappelle que la régulation et la supervision des systèmes de paiement font partie intégrante de ses responsabilités. À ce titre, elle travaille à l’adaptation du cadre réglementaire afin d’encourager l’innovation tout en garantissant la sécurité et la stabilité du système.
Interopérabilité et nouveaux acteurs financiers
Parmi les priorités affichées figure le développement de l’interopérabilité entre les banques traditionnelles et les services de monnaie électronique. L’objectif est de permettre des échanges plus simples entre les différentes plateformes de paiement, afin de limiter les barrières d’accès et d’élargir l’usage des solutions numériques.
La BRH mise également sur l’intégration progressive des FinTechs dans l’écosystème financier formel. Cette ouverture vise à stimuler l’innovation, tout en assurant une meilleure gouvernance et une surveillance accrue des services offerts au public.
Des infrastructures en cours de renforcement
La banque centrale met en avant plusieurs outils déjà opérationnels ou en cours de consolidation, dont le Système de Paiement Interbancaire Haïtien (SPIH) et le Processeur National de Paiement (PRONAP). Ces infrastructures sont appelées à jouer un rôle clé dans l’augmentation des transactions électroniques et la modernisation des échanges financiers.
L’encadrement des fournisseurs de services de paiement électronique s’inscrit également dans cette dynamique, avec pour objectif de sécuriser les opérations et de protéger les utilisateurs.
Un chantier stratégique dans un contexte fragile
Pour la BRH, la modernisation des systèmes de paiement dépasse la simple question financière. Elle s’inscrit dans une vision plus large de transformation économique, visant à renforcer la résilience du pays face aux chocs, à améliorer la transparence et à soutenir le développement à long terme.
Dans un contexte marqué par de fortes contraintes structurelles, la banque centrale estime que l’innovation financière, si elle est bien encadrée, peut devenir un outil structurant pour l’avenir économique d’Haïti.
