Le Parlement du Pérou a voté mardi 17 février la destitution du président par intérim José Jeri, visé par deux enquêtes pour trafic d’influence présumé.
« Le bureau du Parlement déclare la vacance de la présidence de la République », a annoncé le président par intérim du Congrès monocaméral, Fernando Rospigliosi.
La destitution a été adoptée par 75 voix pour, 24 contre et trois abstentions. À 39 ans, José Jeri devient ainsi le septième chef d’État du pays en dix ans, illustrant la profonde instabilité institutionnelle que traverse le Pérou.
Un président fragilisé par des enquêtes judiciaires
Le dirigeant de droite faisait l’objet de plusieurs demandes de destitution pour « inconduite fonctionnelle » et « manque d’aptitude » à exercer ses fonctions.
Deux enquêtes préliminaires ouvertes en janvier par le parquet sont en cause :
- une portant sur son intervention présumée dans le recrutement de neuf femmes au sein de son gouvernement ;
- une autre concernant des faits supposés de trafic d’influence et de parrainage illégal d’intérêts, après une rencontre secrète avec un homme d’affaires chinois lié à des contrats publics.
Dimanche encore, José Jeri se défendait : « Je n’ai commis aucun délit. J’ai toute la légitimité morale nécessaire pour exercer la présidence de la République. »
Une transition immédiate avant la présidentielle
Le Parlement élira mercredi un nouveau président du Congrès, qui assumera automatiquement la présidence par intérim jusqu’au 28 juillet, date d’entrée en fonction du chef de l’État qui sera élu le 12 avril.
José Jeri avait succédé en octobre à Dina Boluarte, elle-même destituée après une procédure engagée dans un contexte de violences liées au crime organisé.
Violence et crise institutionnelle persistante
Longtemps considéré comme l’un des pays les plus stables d’Amérique latine, le Pérou fait face à une forte montée de la violence. En deux ans, les plaintes pour extorsion sont passées de 2 396 à plus de 25 000 en 2025.
Ce nouvel épisode s’inscrit dans une série de crises institutionnelles depuis 2016, marquées par un rapport de force tendu entre un Parlement puissant et un exécutif affaibli.
Selon l’analyste Augusto Alvarez, « un nouveau changement à la présidence ne résoudra en rien la profonde crise institutionnelle que traverse le pays », estimant qu’il sera difficile de trouver au sein du Parlement actuel un dirigeant doté d’une réelle légitimité politique.
Un scrutin sous haute tension
La rapidité de la procédure de destitution est également interprétée par certains observateurs comme liée au contexte électoral. Plus de 30 candidats sont en lice pour l’élection présidentielle du 12 avril.
Après un début de mandat marqué par une popularité proche de 60 %, notamment grâce à des initiatives contre le crime organisé, le taux d’approbation de José Jeri était tombé à 37 % en février.
À moins de deux mois du scrutin, le Pérou s’engage ainsi dans une nouvelle phase d’incertitude politique.
