Port-au-Prince, 11 octobre 2026. — Le trafic international d’armes et les mouvements de fonds non déclarés continuent de poser des défis aux autorités chargées de lutter contre les réseaux criminels en Haïti. Un rapport du Groupe d’experts met en lumière l’utilisation de messageries cryptées pour faciliter les contacts entre vendeurs et acheteurs d’armes, ainsi que la confiscation de près de 429 000 dollars auprès de voyageurs haïtiens aux États-Unis. Toutefois, les données présentées ne permettent pas d’affirmer que la totalité de l’argent saisi était destinée au financement des gangs.
Des messageries cryptées au service du commerce illégal d’armes
Selon le rapport, certaines applications de messagerie cryptée servent de moyen de communication entre les acteurs impliqués dans le trafic international d’armes et de munitions à destination d’Haïti. Ces plateformes facilitent les échanges entre intermédiaires et acheteurs potentiels, parfois au-delà des frontières nationales.
En 2025, le Groupe d’experts a notamment recueilli des informations sur un groupe de discussion baptisé « Weapons market », traduit par « Marché des armes ». Son administrateur, qui utilisait un numéro de téléphone enregistré en France, proposait à la vente des armes de poing et des fusils semi-automatiques d’occasion.
L’intéressé affirmait que son réseau était en mesure de livrer des armes dans toute la région. Les numéros de téléphone de plusieurs acheteurs potentiels étaient associés à Haïti, à la République dominicaine, à la Guadeloupe, à la Martinique et à la Guyane française.
Face à ces informations, les experts ont sollicité les autorités françaises en 2025. Celles-ci ont indiqué qu’une enquête était en cours, sans que le rapport précise les conclusions de la procédure.
428 892 dollars confisqués auprès de voyageurs haïtiens
Le document met également en évidence l’importance des flux d’argent liquide non déclaré entre les États-Unis et Haïti.
D’après les données des services américains des douanes et de la protection des frontières (CBP), obtenues par le Groupe d’experts dans le cadre d’une demande d’accès à l’information fondée sur la loi américaine FOIA, un total de 428 892 dollars a été confisqué entre le 3 juillet 2025 et le 17 mai 2026.
Ces fonds ont été saisis auprès de voyageurs haïtiens qui quittaient les États-Unis à destination d’Haïti sans déclarer les sommes transportées.
La législation américaine exige la déclaration des espèces et de certains instruments monétaires lorsque leur valeur totale dépasse 10 000 dollars à l’entrée ou à la sortie du territoire. Le non-respect de cette obligation peut entraîner la confiscation de l’argent.
Le Groupe d’experts avertit que les transferts financiers échappant aux circuits officiels peuvent présenter des risques de détournement au profit des gangs et d’autres réseaux criminels. Il ne conclut cependant pas que l’ensemble des 428 892 dollars confisqués était lié à des activités illégales.
Des réseaux transnationaux difficiles à surveiller
Les informations présentées dans le rapport illustrent les difficultés auxquelles sont confrontées les autorités pour surveiller les échanges transfrontaliers d’armes et les mouvements de capitaux.
D’un côté, les messageries cryptées peuvent faciliter la mise en relation de vendeurs et d’acheteurs opérant dans plusieurs territoires. De l’autre, les transferts d’argent liquide non déclarés compliquent la traçabilité des fonds et les contrôles financiers.
Le document rappelle que les gangs en Haïti continuent de se procurer des armes et des munitions par différents moyens, notamment les trafics internationaux, les échanges entre groupes armés et le détournement de stocks nationaux.
Les experts relèvent également des failles dans les dispositifs de contrôle ainsi que des soupçons de complicité impliquant certains agents publics dans le passage de cargaisons illicites.
Ces éléments ne signifient toutefois pas que toute personne utilisant une messagerie cryptée ou transportant des espèces participe à des activités criminelles. L’existence de fonds non déclarés ne suffit pas non plus, à elle seule, à établir un lien avec le financement des gangs.
Un appel au renforcement de la coopération internationale
Face à ces défis, le rapport souligne l’importance d’une coopération accrue entre les autorités haïtiennes, les services douaniers étrangers et les organismes chargés de combattre le trafic d’armes et les flux financiers illicites.
L’amélioration du partage d’informations, le renforcement des contrôles frontaliers et le suivi des transactions suspectes figurent parmi les enjeux majeurs pour limiter les ressources dont disposent les réseaux criminels opérant en Haïti et dans la région.
