Muscadin Jean Ernest : des déclarations qui interpellent sur la responsabilité de ceux qui aspirent au pouvoir
Certaines déclarations ne devraient jamais être prises à la légère, particulièrement lorsqu’elles émanent d’une personnalité occupant une fonction aussi importante au sein de l’appareil judiciaire. L’interview accordée à SCOOP FM par le commissaire du gouvernement Muscadin Jean Ernest, devenue virale sur les réseaux sociaux, soulève de sérieuses interrogations sur la conception des responsabilités publiques et sur les critères devant guider le choix de nos futurs dirigeants.
Au cours de cet entretien, le commissaire du gouvernement évoque notamment le soutien de membres de la diaspora qui lui fourniraient des armes pour combattre les bandits. Il affirme également que des membres du secteur privé auraient financé son billet d’avion, pris en charge certaines de ses dépenses et facilité son inscription. Il va jusqu’à avancer que 90 % du secteur privé serait à ses côtés.
Ces déclarations, si elles sont confirmées, méritent des éclaircissements. Comment des membres de la diaspora peuvent-ils fournir des armes à un commissaire du gouvernement ? Dans quel cadre légal ces démarches s’inscrivent-elles ? Qui les autorise et sous quelle responsabilité ? La lutte contre l’insécurité peut-elle reposer sur des initiatives individuelles financées par des acteurs privés, ou doit-elle demeurer strictement encadrée par les institutions de la République ?
Autant de questions qui ne peuvent être éludées.
Un commissaire du gouvernement n’est pas un simple citoyen agissant selon ses propres moyens. En tant que représentant du ministère public, il exerce une fonction qui exige rigueur, discernement et respect des règles institutionnelles. Ses déclarations publiques doivent donc être à la hauteur des responsabilités qui lui sont confiées.
Au-delà de la polémique suscitée par cette interview, une autre question fondamentale se pose : sommes-nous suffisamment exigeants dans le choix des personnes auxquelles nous souhaitons confier les responsabilités de l’État ?
Popularité et capacité à gouverner : deux réalités différentes
Haïti ne peut plus se permettre de choisir ses dirigeants uniquement sur la base de leur popularité, de leur capacité à mobiliser des foules ou de discours séduisants. Gouverner un pays exige bien davantage. Cela suppose une connaissance approfondie des institutions, une capacité de discernement, de la retenue et, surtout, un sens aigu de la responsabilité publique.
Il est essentiel d’écouter les candidats, mais il est tout aussi important d’analyser leurs déclarations, d’examiner leur parcours, de comprendre leurs relations et de questionner leurs engagements. Il faut également chercher à savoir comment ils envisagent l’exercice du pouvoir et quelles garanties ils peuvent offrir quant au respect des institutions.
Lorsqu’une personnalité publique ne semble pas mesurer pleinement la portée de ses paroles, cela doit nous inciter à nous interroger sur sa conception de l’autorité et des responsabilités de l’État.
Le vote, une responsabilité collective
Nous avons tous une part de responsabilité dans l’avenir du pays. Les dirigeants ne surgissent pas de nulle part. Ce sont nos choix, nos convictions et parfois nos erreurs qui contribuent à les placer aux postes de décision. Une fois au pouvoir, ils prennent des décisions dont les conséquences touchent directement la vie de millions de citoyens.
Il est donc temps de revoir notre manière d’aborder le vote. Un candidat ne mérite pas notre confiance simplement parce qu’il nous plaît, parce qu’il suscite l’enthousiasme ou parce qu’il bénéficie d’un soutien populaire important. Il doit être capable de présenter une vision cohérente, d’expliquer ses méthodes et de démontrer sa capacité à exercer le pouvoir avec responsabilité.
Haïti a besoin de citoyens capables de réfléchir avant de voter, de questionner avant d’applaudir et de distinguer la popularité de la véritable compétence à diriger.
Notre vote engage notre avenir. Avant de confier les clés du pays à une personne, prenons le temps de comprendre qui elle est, ce qu’elle dit et ce qu’elle représente. Car une fois le pouvoir confié, ce sont tous les citoyens qui devront vivre avec les conséquences de leurs choix.
La responsabilité de choisir les dirigeants de demain commence aujourd’hui.
