« Exposer et anéantir les liens entre les élites puissantes et les gangs permettra de couper les ressources et l’influence dont ces gangs dépendent pour leur règne de terreur », a déclaré le sénateur américain Chuck Schumer, saluant l’adoption de l’Haiti Criminal Collusion Transparency Act of 2025
Le 17 décembre 2025, le Congrès américain a adopté une législation majeure visant à cibler les réseaux financiers de la violence en Haïti. Intégré dans la loi annuelle de défense nationale (National Defense Authorization Act), le Haiti Criminal Collusion Transparency Act of 2025 oblige le gouvernement américain à identifier, publier un rapport sur, et sanctionner les élites politiques et économiques haïtiennes qui collaborent avec les gangs armés
Cette loi, saluée par certains comme un « tournant potentiel » pour Haïti, intervient dans un contexte où le pays traverse l’une de ses crises les plus graves. En novembre 2025, des milliers de personnes ont été déplacées par les violences des gangs, portant le nombre total de déplacés internes à plus de 1,4 million. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU rapporte que plus de 16 000 personnes ont été tuées depuis janvier 2022
Les exigences strictes de la nouvelle loi américaine
La législation établit un mécanisme rigoureux de transparence et d’action. Voici le calendrier et les obligations clés qu’elle impose :Le contenu du rapport demandé par le Secrétaire d’État doit être exhaustif :

- Identification des gangs : liste des principaux groupes criminels, de leurs dirigeants, de leurs activités (y compris le recrutement coercitif) et de leurs zones d’opération.
- Liste des liens : noms des élites haïtiennes ayant des « liens directs et significatifs » avec ces gangs, ainsi que les entités qu’elles contrôlent.
- Analyses approfondies : description détaillée de la nature de ces relations, de la manière dont les élites en tirent profit, et de la menace que cette collusion représente pour le peuple haïtien et la sécurité nationale américaine.
Les sanctions automatiques prévues par la loi sont de deux ordres :
- Sanctions financières : gel de tous les avoirs et intérêts aux États-Unis ou détenus par des personnes américaines.
- Restrictions de voyage : interdiction d’entrée sur le territoire américain et révocation immédiate des visas existants.
La loi prévoit des exceptions humanitaires pour permettre la poursuite de l’aide essentielle, comme la vente de denrées alimentaires et de médicaments.
Une crise profonde qui appelle une réponse multidimensionnelle
Cette initiative américaine s’inscrit dans une situation haïtienne extrêmement critique :
- Prise de pouvoir par les gangs : La coalition de gangs Viv Ansanm contrôle désormais de vastes portions du territoire, étendant son emprise bien au-delà de Port-au-Prince.
Le Programme Alimentaire Mondial estime que près de 90% de la capitale est sous leur contrôle, isolant les populations et faisant exploser les prix des denrées alimentaires.
Crise humanitaire aiguë : Selon les Nations Unies, la moitié de la population haïtienne (environ 6 millions de personnes) dépend de l’aide humanitaire et souffre d’insécurité alimentaire aiguë. L’ONU classe Haïti comme le seul pays des Amériques confronté à des niveaux de famine « catastrophiques ».
Effondrement de l’État de droit : L’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC) alerte sur un « effondrement total » de la présence de l’État dans la capitale, où les gangs imposent une gouvernance parallèle
Face à cette situation, la communauté internationale prépare le déploiement d’une nouvelle Force de Répression des Gangs (FRG), une mission non-onusienne de 5 500 soldats et policiers dotée d’un mandat offensif pour sécuriser les infrastructures et soutenir la police haïtienne
Défis et perspectives : Au-delà des sanctions
L’efficacité de cette nouvelle loi et des interventions internationales suscite des réflexions critiques :
- Nécessité d’une approche holistique : Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, met en garde contre une réponse strictement sécuritaire. Il insiste sur la nécessité d’ancrer toute action dans le respect des droits humains et d’accompagner la sécurité d’une reconstruction de l’État de droit.
Renforcement de la justice locale : Des observateurs haïtiens soulignent que les sanctions étrangères doivent s’accompagner d’un renforcement du système judiciaire local pour briser le cycle d’impunité. « Si les gouvernements étrangers sanctionnent nos dirigeants mais que le système judiciaire haïtien ne fait rien, la corruption et la violence ne cesseront jamais », note un habitant de Port-au-Prince.
Dialogue et démobilisation : L’International Crisis Group suggère qu’une fois un rapport de force rétabli en faveur de l’État, les autorités devraient envisager un dialogue avec les gangs pour favoriser leur démobilisation et rompre les liens historiques entre crime et élites.
La promulgation de l’Haiti Criminal Collusion Transparency Act marque une étape significative dans l’engagement des États-Unis. Son succès dépendra de la rigueur de sa mise en œuvre, de sa coordination avec les actions internationales, et surtout, de sa capacité à s’attaquer aux racines systémiques d’une crise qui dépasse largement le cadre sécuritaire.
La situation en Haïti reste très dynamique. Pour suivre l’évolution de la mise en œuvre de cette loi ou les développements concernant la Force de Répression des Gangs, n’hésitez pas à demander une mise à jour.