Port-au-Prince, le 28 décembre 2025. — En se rendant à la Direction générale de la Police nationale d’Haïti (PNH), à Clercine, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a voulu envoyer un message clair : l’État entend reprendre la main face aux gangs armés. Une visite solennelle, très médiatisée, qui s’inscrit dans une série d’initiatives officielles destinées à montrer une reprise de contrôle sécuritaire.
Accompagné des principaux responsables du secteur — Justice, Sécurité publique, haut commandement de la PNH et forces armées — le chef du gouvernement a réaffirmé une « offensive totale » contre les groupes criminels. La remise de 25 véhicules blindés par le Bureau des affaires internationales de stupéfiants et de répression (INL) des États-Unis a été présentée comme un tournant stratégique, censé renforcer les capacités opérationnelles des forces de l’ordre.
Pourtant, au-delà de la symbolique et du discours martial, la situation sécuritaire reste largement inchangée pour une grande partie de la population. De vastes zones de la région métropolitaine, mais aussi de l’Artibonite et du Centre demeurent sous l’influence directe ou indirecte de gangs armés. Les déplacements forcés, les enlèvements, les massacres et les entraves à la libre circulation continuent de rythmer le quotidien.
Les déclarations de fermeté — « Leta pap fè bak. Leta pap negosye ak kriminèl » — contrastent avec une réalité où l’État n’a toujours pas réussi à installer durablement ses institutions dans les territoires dits « reconquis ». Dans plusieurs cas, les opérations sécuritaires sont ponctuelles, sans suivi social, judiciaire ou administratif, laissant le champ libre à un retour rapide des groupes armés.
Cette nouvelle démonstration d’autorité intervient aussi dans un contexte politique particulier. Le gouvernement affirme que 2026 sera consacrée aux élections générales et au retour à l’ordre constitutionnel. Mais sans sécurité réelle et continue, la faisabilité d’un processus électoral crédible sur l’ensemble du territoire reste largement questionnée par de nombreux acteurs politiques et de la société civile.
Si le renforcement logistique des forces de sécurité est indispensable, il ne saurait, à lui seul, résoudre une crise multidimensionnelle nourrie par l’impunité, la faiblesse de la justice, la précarité sociale et les complicités politiques passées et présentes. Pour beaucoup d’Haïtiens, l’enjeu n’est plus l’annonce d’une offensive, mais la preuve concrète et durable que l’État peut protéger, administrer et rendre justice.
À ce stade, la visite du Premier ministre à la PNH apparaît davantage comme un acte de communication politique que comme la confirmation d’un basculement réel dans la lutte contre l’insécurité. Le temps dira si cette offensive annoncée marquera enfin une rupture, ou si elle viendra s’ajouter à la longue liste de promesses sécuritaires restées sans lendemain.

