Port-au-Prince, le 30 décembre 2025. — En se rendant au Conseil Électoral Provisoire (CEP), le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a voulu démontrer l’engagement du gouvernement en faveur de l’organisation des élections générales prévues pour 2026. La rencontre, largement relayée par la communication officielle, s’inscrit dans une série d’initiatives visant à rassurer l’opinion publique nationale et internationale sur la volonté des autorités de conduire le pays vers un retour à l’ordre constitutionnel.
Le chef du gouvernement a salué la publication du calendrier électoral par le CEP et félicité le Conseil présidentiel de transition (CPT) pour l’élaboration du décret électoral, présenté comme « réaliste et crédible ». Un discours qui tranche toutefois avec le scepticisme ambiant d’une population éprouvée par des années de promesses non tenues et par une crise sécuritaire toujours aiguë.
Si le gouvernement affirme placer la sécurité et la protection des personnes déplacées au cœur de ses priorités, les faits sur le terrain racontent une autre réalité. Des centaines de milliers de citoyens vivent encore dans des camps précaires, privés de conditions minimales pour exercer leurs droits civiques. Dans plusieurs zones du pays, l’autorité de l’État demeure fragile, voire inexistante, rendant incertaine la possibilité d’organiser des scrutins inclusifs et transparents.
L’appel renouvelé du Premier ministre à la communauté internationale pour renforcer son appui sécuritaire souligne, en filigrane, les limites de l’action étatique. La dépendance persistante à l’aide extérieure, notamment pour la lutte contre les gangs armés, interroge la capacité réelle du gouvernement à garantir seul un environnement électoral sûr et souverain.
À quelques mois de l’échéance annoncée, cette visite au CEP apparaît ainsi comme un signal politique fort, mais tardif. Pour de nombreux observateurs, elle s’inscrit davantage dans une logique de bilan et de légitimation de l’action gouvernementale que dans une réponse structurelle aux blocages profonds du processus électoral haïtien.
L’unité et la stabilité invoquées restent, pour l’instant, des objectifs plus déclaratifs que concrets. Sans avancées tangibles sur la sécurité, la justice électorale et la confiance citoyenne, le risque demeure que les élections de 2026 reproduisent les mêmes fragilités qui minent depuis des décennies la démocratie haïtienne.

