WASHINGTON, mardi 10 février 2026 — Les États-Unis affirment poursuivre en Haïti un objectif central et assumé : empêcher l’effondrement de l’État haïtien et prévenir une migration irrégulière massive vers les côtes américaines. Cette ligne directrice a été clairement exposée par Henry T. Wooster, chargé d’affaires de l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince, lors de son audition devant la sous-commission des crédits du Sénat américain chargée des opérations étrangères.

S’exprimant dans le cadre de l’audition intitulée « Haïti 2026 : priorités en matière de sécurité et d’assistance étrangère », le diplomate a déclaré que l’ensemble de l’action américaine en Haïti repose sur un objectif unique : assurer une stabilité de base, définie comme l’absence d’effondrement institutionnel et de crise migratoire majeure.

Pour y parvenir, Washington articule son engagement autour de trois axes principaux : la neutralisation des facteurs de déstabilisation, le soutien au déploiement d’une force internationale autorisée par les Nations unies et des investissements ciblés pour renforcer durablement la sécurité et l’économie haïtiennes, dans l’intérêt des États-Unis et de la région, y compris de la République dominicaine.

Henry Wooster a qualifié Haïti de dossier de politique étrangère « particulièrement complexe », marqué par des crises politiques, économiques et institutionnelles chroniques. Il a toutefois estimé que l’objectif d’une stabilité minimale restait atteignable. Selon lui, la principale menace à court terme est constituée par une coalition de groupes armés organisés, qu’il a refusé de qualifier de simples gangs, évoquant plutôt des structures proto-insurrectionnelles capables de menacer l’existence même de l’État.

Il a rappelé qu’en 2024, une vingtaine de groupes armés s’étaient fédérés sous la bannière Viv Ansanm. En 2025, les États-Unis ont officiellement désigné Viv Ansanm et Gran Grif comme organisations terroristes étrangères. Début 2026, ces groupes compteraient environ 12 000 membres, dont près de 3 000 combattants lourdement armés. À titre de comparaison, la Police nationale d’Haïti dispose d’environ 6 000 agents, avec seulement quelques centaines engagés en permanence dans les opérations de combat.

Le diplomate américain a néanmoins évoqué un « point d’inflexion » récent. Pour la première fois depuis 2021, les forces de sécurité haïtiennes auraient contraint plusieurs groupes armés à reculer. Cette évolution résulterait des actions conjointes de la Police nationale d’Haïti, des Forces armées d’Haïti, de la Force de suppression des gangs autorisée par l’ONU et de l’appui d’un contractant militaire privé américain. L’introduction de capacités aériennes et d’armements plus sophistiqués aurait, selon lui, modifié l’équilibre des combats, tout en restant fragile.

Sur le plan politique, Henry Wooster a insisté sur le rôle central de la gouvernance dans la stabilisation du pays. Il a dénoncé une culture politique prédatrice et rappelé qu’Haïti n’a pas organisé d’élections depuis près de dix ans. Le Conseil présidentiel de transition, mis en place comme dernier dispositif intérimaire, a pris fin le 7 février 2026 à l’expiration de son mandat.

Le diplomate a qualifié l’ancien président du CPT, Laurent Saint-Cyr, et l’actuel Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, de partenaires clés dans la lutte contre l’insécurité. Il a souligné qu’ils avaient fait face à de nombreuses menaces et tentatives de déstabilisation. Selon lui, les sanctions, restrictions de visas et actions judiciaires soutenues par Washington visent à mettre fin à l’impunité des acteurs responsables du chaos.

L’économie a également été présentée comme un pilier essentiel de la stabilité. Après plusieurs années de récession et plus de 1,4 million de déplacés internes, l’économie formelle est exsangue. Le secteur de l’habillement, principal pourvoyeur d’emplois, a perdu près des deux tiers de sa main-d’œuvre depuis 2021. L’expiration des programmes commerciaux HOPE/HELP en 2025 a aggravé la situation, leur reconduction étant jugée cruciale pour éviter un basculement accru des jeunes vers les groupes armés.

Sur le plan international, Henry Wooster a rappelé l’adoption de la résolution 2793 du Conseil de sécurité des Nations unies, autorisant le déploiement d’une Force de suppression des gangs. Cette force, forte de 5 500 militaires et policiers, devrait commencer ses opérations au printemps 2026, avec pour mission de neutraliser les groupes armés, sécuriser les infrastructures critiques et appuyer les forces haïtiennes.

Enfin, il a mis en avant les investissements américains dans le renforcement des capacités de sécurité, notamment le programme « P-4000 » visant à recruter et former 4 000 nouveaux policiers en 16 mois. Il a également salué l’appui non létal accordé aux Forces armées d’Haïti, jugées essentielles à une sécurité durable.

En conclusion, Henry Wooster a reconnu la gravité de la crise haïtienne tout en affirmant que des progrès restaient possibles. Il a appelé à un engagement accru de la communauté internationale et du secteur privé, estimant que la stabilité durable ne pourra être atteinte qu’avec un gouvernement élu, légitime et responsable devant le peuple haïtien.

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