L’ancien ambassadeur britannique à Washington, Peter Mandelson, se retrouve au cœur d’un scandale politique majeur au Royaume-Uni après la publication de nouveaux documents liés à Jeffrey Epstein. Déjà fragilisé par la révélation de liens personnels avec le financier américain accusé de crimes sexuels, Mandelson fait désormais l’objet d’une enquête de la police londonienne pour de possibles fautes graves dans l’exercice de fonctions officielles, notamment la transmission présumée d’informations financières sensibles.

Ces révélations, issues de millions de documents rendus publics fin janvier par le ministère américain de la Justice, ont des répercussions directes sur le Parti travailliste et sur le Premier ministre Keir Starmer, dont la crédibilité politique se trouve à nouveau mise à l’épreuve.

Une enquête policière et une démission en chaîne

Mentionné plus de 5 600 fois dans les documents judiciaires américains, Peter Mandelson est soupçonné d’avoir communiqué à Jeffrey Epstein, à la fin des années 2000, des informations confidentielles susceptibles d’influencer les marchés financiers internationaux. Face à l’ampleur de la polémique, l’ancien diplomate a quitté le Parti travailliste dimanche soir, avant de démissionner de la Chambre des Lords le mercredi 4 février.

La police métropolitaine de Londres a confirmé l’ouverture d’une enquête criminelle visant « un homme de 72 ans, ancien ministre », pour des infractions liées à une faute dans l’exercice d’une fonction officielle. Les autorités ont précisé avoir reçu plusieurs signalements, dont certains émanant directement du gouvernement britannique.

Une épine dans le pied de Keir Starmer

Cette affaire constitue un sérieux revers pour le Premier ministre Keir Starmer, déjà affaibli par une popularité en berne. C’est lui qui avait nommé Peter Mandelson ambassadeur du Royaume-Uni à Washington, avant de le limoger sept mois plus tard à la suite de révélations sur ses relations avec Epstein.

Devant la Chambre des Communes, Keir Starmer a reconnu avoir été trompé. « Il a menti à plusieurs reprises à mon équipe lorsqu’on l’a interrogé sur sa relation avec Epstein. Je regrette de l’avoir nommé », a-t-il déclaré. Malgré cette prise de distance, l’opposition conservatrice réclame la publication de l’ensemble des documents liés à la nomination et à la révocation de Mandelson, estimant que l’exécutif cherche à minimiser l’affaire.

Une photo non datée de Peter Mandelson révélée par le ministère américain de la Justice lors de la publication de trois millions de documents, le 30 janvier 2026. © Ministère américain de la Justice
Une photo non datée de Peter Mandelson révélée par le ministère américain de la Justice lors de la publication de trois millions de documents, le 30 janvier 2026. © Ministère américain de la Justice

Soupçons de divulgation d’informations financières sensibles

Les éléments les plus compromettants concernent des échanges de courriels entre Peter Mandelson et Jeffrey Epstein à une période particulièrement sensible : celle de la crise financière mondiale de 2008. À l’époque secrétaire d’État au Commerce dans le gouvernement de Gordon Brown, Mandelson aurait transmis au financier américain une note confidentielle évoquant les difficultés économiques du Royaume-Uni et recommandant la vente d’actifs publics.

D’autres échanges font référence à un plan de sauvetage européen de 500 milliards d’euros pour soutenir l’euro, information confirmée officiellement quelques heures après un courriel où Mandelson semblait en avoir connaissance. Les documents mentionnent également des discussions autour d’une taxe exceptionnelle sur les bonus des banquiers, incluant des pressions supposées sur de hauts responsables financiers.

L’ancien Premier ministre Gordon Brown a qualifié ces actes d’« inexcusables et antipatriotiques » et a affirmé avoir transmis à la police des informations pertinentes sur la divulgation de données gouvernementales sensibles.

Flux financiers et révélations embarrassantes

Autre révélation majeure : Peter Mandelson aurait reçu, entre 2003 et 2004, trois virements de 25 000 dollars chacun provenant des comptes de Jeffrey Epstein, pour un total de 75 000 dollars. Ces paiements auraient transité par un compte bancaire associé à son partenaire de l’époque. Mandelson affirme ne conserver « aucun souvenir » de ces transactions et conteste l’authenticité des documents.

Enfin, la publication d’une photographie non datée, montrant l’ancien ministre dans une chambre d’hôtel dans une tenue intime, a renforcé le malaise. Mandelson a déclaré être incapable d’identifier le lieu, la personne présente sur l’image ou les circonstances de la prise de vue.

Un séisme politique durable

Au-delà du cas personnel de Peter Mandelson, cette affaire ravive les interrogations sur la porosité entre élites politiques, financières et diplomatiques au Royaume-Uni. Elle alimente également le malaise autour de la gestion du dossier Epstein, dont les ramifications continuent d’éclabousser des figures majeures de l’establishment occidental.

La Commission européenne a annoncé examiner si Peter Mandelson, ancien commissaire européen, a enfreint les règles de conduite applicables à ses fonctions. Une démarche qui pourrait encore élargir les conséquences politiques et judiciaires de ce scandale.

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