À un mois de la fin officielle de son mandat, le Conseil présidentiel de transition (CPT) donne une nouvelle illustration de la fragilité de la gouvernance transitoire en Haïti. Selon des informations confirmées par plusieurs sources internes, au moins cinq conseillers présidentiels s’étaient accordés, le 5 janvier 2026, pour remplacer le coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, dès le 7 janvier, conformément à l’entente initiale prévoyant une rotation tous les cinq mois.
Vingt-quatre heures plus tard, revirement total : le projet est abandonné. Laurent Saint-Cyr devrait finalement rester à la tête du Conseil jusqu’au 7 février 2026, date marquant la fin théorique du mandat du CPT. Ce changement soudain, loin d’apaiser les tensions, met en lumière le climat de méfiance, de rivalités internes et de calculs politiques qui minent l’institution.
Derrière cet épisode, se dessine une crise de gouvernance plus profonde. Plusieurs conseillers reprochent au coordonnateur actuel de concentrer les décisions, de retarder la tenue des Conseils des ministres et de marginaliser certains membres du CPT. Une « grogne » persistante, selon des sources internes, qui alimente les spéculations sur une perte de confiance progressive.
L’affaire a également attiré l’attention de diplomates étrangers influents. Des appels auraient eu lieu entre certains ambassadeurs et des membres du CPT, rappelant une fois de plus le rôle déterminant — et controversé — de la communauté internationale dans les dynamiques politiques internes haïtiennes. Un fait qui interroge sur la souveraineté réelle des décisions prises au sommet de l’État transitoire.
Les tensions personnelles ne sont pas absentes du tableau. Laurent Saint-Cyr et l’ancien coordonnateur Fritz Alphonse Jean seraient engagés dans un conflit ouvert, conséquence directe de désaccords sur la gestion politique et le remplacement du Premier ministre. Ces rivalités, loin d’être anecdotiques, pèsent sur la capacité du CPT à agir de manière cohérente à un moment crucial.
Parallèlement, les tractations autour de l’après-7 février s’intensifient. Des discussions sont en cours avec plusieurs blocs politiques et figures influentes, allant de partis traditionnels à des acteurs de la société civile. L’objectif affiché : parvenir à un accord réunissant au moins 60 % des acteurs, sans heurter la communauté internationale. Un équilibre délicat, qui semble primer sur toute consultation populaire.
Les scénarios envisagés pour la suite illustrent l’incertitude totale : président issu de la Cour de cassation, Premier ministre seul, conseil restreint, technocrates… Tout est sur la table, sauf une vision claire et partagée du retour à l’ordre constitutionnel.
En toile de fond, une constante demeure : pendant que les dirigeants négocient leur survie politique et leurs positions futures, l’insécurité persiste, les élections restent hypothétiques et la population demeure exclue des décisions majeures qui engagent son avenir.
Cette séquence révèle moins un simple désaccord interne qu’un malaise structurel de la transition : une gouvernance opaque, dominée par des arrangements de couloir, à mille lieues des promesses de rupture, de stabilité et de refondation démocratique.

