Alors que de plus en plus de pays imposent des dispositifs de vérification d’âge pour accéder aux réseaux sociaux, aux sites pornographiques ou à certains jeux vidéo, les technologies actuellement utilisées montrent de sérieuses limites, suscitant de vives inquiétudes quant à la protection réelle des mineurs.

Le cas de Roblox, plateforme de jeux extrêmement populaire auprès des enfants et adolescents, illustre les failles de ces systèmes. L’entreprise a récemment déployé aux États-Unis — et prochainement en France — un dispositif de vérification d’âge destiné à sécuriser les échanges via le chat et à empêcher les interactions inappropriées entre adultes et mineurs. Mais selon une enquête publiée par Wired, ce mécanisme s’avère largement inefficace et facilement contournable.

Des témoignages relayés sur les réseaux sociaux montrent que le système commet de nombreuses erreurs : des enfants sont identifiés comme des adultes, tandis que des adultes sont classés comme mineurs. Cette confusion a conduit à des dérives préoccupantes, notamment la mise en vente de comptes Roblox présentés comme appartenant à des enfants de 9 ans, pour quelques dollars sur des plateformes de revente en ligne. Ces annonces ont depuis été supprimées, mais le problème demeure.

Roblox reconnaît ces dysfonctionnements, expliquant que certaines vérifications sont réalisées par des parents, ce qui entraîne parfois une classification automatique du compte comme appartenant à un utilisateur de plus de 21 ans. L’entreprise affirme travailler à des correctifs, tout en réaffirmant que la sécurité reste une priorité.

Ces difficultés surviennent dans un contexte déjà tendu. Le 13 janvier 2026, la Haute-commissaire française à l’enfance, Sarah El Haïry, a publiquement qualifié Roblox de « repère de pédocriminels », des propos fermement rejetés par la société. Cet épisode souligne toutefois l’ampleur des préoccupations autour de la protection des enfants en ligne.

Au-delà de Roblox, le problème est généralisé. Les solutions de vérification d’âge utilisées sur les sites pour adultes ou les plateformes numériques reposent souvent sur des scans du visage. Or, ces systèmes peuvent être trompés par une simple photo, un filtre de vieillissement par intelligence artificielle, ou même un maquillage sommaire. Certaines entreprises spécialisées, comme Persona, VerifyMyAge, AgeGo ou Ageverif, proposent ces technologies, mais aucune n’offre à ce jour une fiabilité totale.

Des tests réalisés par des médias ont montré que des images floues, mal éclairées ou prises de profil pouvaient être validées, tandis que d’autres, pourtant authentiques, étaient refusées. Sur les réseaux sociaux, de nombreux utilisateurs racontent avoir été mal classés, parfois malgré une apparence clairement adulte.

Face à ces limites, l’Union européenne envisage de lancer une application de vérification d’âge centralisée, qui servirait de point d’accès unique pour plusieurs plateformes, avec de meilleures garanties en matière de protection des données personnelles. Son déploiement est prévu pour début 2026. Reste à savoir si cette solution sera réellement plus efficace.

En attendant, la technologie seule ne suffit pas. Les spécialistes s’accordent à dire que la vigilance parentale, le dialogue avec les enfants et la compréhension des usages numériques demeurent les moyens les plus efficaces pour les protéger dans un environnement en ligne encore imparfaitement sécurisé.

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