Deux nouveaux pays des Caraïbes ont conclu des accords avec l’administration Trump visant à accueillir des demandeurs d’asile expulsés des États-Unis. Toutefois, l’un de ces accords suscite une vive controverse régionale : Saint-Kitts-et-Nevis a explicitement exclu les ressortissants haïtiens du dispositif.

Le Premier ministre de Saint-Kitts-et-Nevis, Terrance Drew, a confirmé que son gouvernement accepterait un nombre très limité de ressortissants de pays tiers expulsés des États-Unis, à condition qu’ils soient citoyens de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), ne présentent aucun antécédent criminel violent, ne soient pas des délinquants sexuels… et ne soient pas Haïtiens.

« Cela ne concerne personne en dehors de la CARICOM », a déclaré le chef du gouvernement lors d’une conférence de presse. « Et pour des raisons de sécurité, cela n’inclut pas Haïti pour le moment. » Il a répété cette exclusion à trois reprises au cours de son intervention.

Cette prise de position marque la première reconnaissance publique par un État membre de la CARICOM de l’exclusion explicite d’Haïti dans le cadre de négociations migratoires avec Washington. Un fait d’autant plus notable que Terrance Drew est actuellement président en exercice de la CARICOM.

Face à la polémique déclenchée, le Premier ministre a déclaré lundi que toute décision diplomatique devait être évaluée à l’aune des « risques et bénéfices ». « Ma priorité absolue est de protéger Saint-Kitts-et-Nevis et sa population », a-t-il ajouté.

Une stratégie américaine d’externalisation de l’asile

À ce jour, six pays de la CARICOM — Antigua-et-Barbuda, Belize, Dominique, Guyana, Saint-Kitts-et-Nevis et Sainte-Lucie — ont annoncé avoir conclu des accords avec les États-Unis pour accueillir des migrants expulsés ne pouvant retourner dans leur pays d’origine.

Dimanche, le Premier ministre de Sainte-Lucie, Philip J. Pierre, a confirmé la signature d’un protocole d’accord non contraignant avec Washington. Il a présenté cette décision comme s’inscrivant dans une démarche de dialogue, de coopération régionale et de respect des normes internationales.

Plusieurs de ces États, notamment dans les Caraïbes orientales, disposent de programmes de citoyenneté par investissement, vivement critiqués par l’administration Trump. En décembre, Antigua-et-Barbuda et la Dominique ont d’ailleurs été partiellement visés par une interdiction de voyage américaine, en lien avec ces programmes.

Chaque pays a négocié ses propres conditions. Antigua-et-Barbuda est le seul à avoir rendu publics les critères de son accord : absence d’antécédents criminels, compétences professionnelles reconnues, maîtrise fonctionnelle de l’anglais, et séjour limité à 24 mois, avec possibilité de retour forcé vers les États-Unis en cas d’échec d’intégration. Aucune restriction de nationalité n’y est mentionnée.

La question haïtienne relancée au sein de la CARICOM

À ce stade, Saint-Kitts-et-Nevis demeure le seul pays à avoir officiellement exclu les Haïtiens, ravivant le débat sur la place réelle d’Haïti au sein de la CARICOM. Ni le ministère haïtien des Affaires étrangères ni la Primature n’ont réagi aux sollicitations de la presse.

Cette décision a suscité de vives réactions en ligne, plusieurs observateurs dénonçant une contradiction morale : la CARICOM se présente comme un acteur clé de la transition politique haïtienne, tout en excluant le pays des mécanismes concrets d’intégration régionale. Haïti reste notamment exclue du Marché unique et de l’économie de la CARICOM, tandis que ses ressortissants continuent de faire face à des restrictions de visas dans la région.

Selon Peterson Benjamin Noël, ancien ambassadeur d’Haïti auprès de la CARICOM, plusieurs États membres perçoivent toujours les Haïtiens comme une forme de « menace démographique silencieuse ». Une crainte particulièrement marquée aux Bahamas, où la forte population d’origine haïtienne influence les choix migratoires et régionaux.

« L’intégration d’Haïti est souvent traitée comme une nécessité symbolique ou stratégique, plutôt que comme un véritable projet inclusif », estime-t-il, évoquant un consensus régional tacite rarement assumé publiquement.

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