Le Groenland a opposé une fin de non-recevoir catégorique aux velléités de Donald Trump d’annexer ce vaste territoire arctique autonome, ravivant au passage les tensions géopolitiques entre les États-Unis, la Russie et la Chine dans une région devenue hautement stratégique.
Depuis plusieurs semaines, le président américain affirme que le contrôle du Groenland est « crucial » pour la sécurité nationale des États-Unis, invoquant la montée en puissance militaire de Moscou et de Pékin dans l’Arctique. Vendredi, lors d’une réunion avec des dirigeants de l’industrie pétrolière impliqués au Venezuela, Donald Trump est allé plus loin, déclarant qu’il atteindrait ses objectifs au Groenland « par tous les moyens », n’excluant pas le recours à la force.
Face à ces déclarations, les responsables des cinq partis représentés au Parlement groenlandais ont réagi d’une seule voix. Dans un texte commun réunissant majorité et opposition, ils ont affirmé :
« Nous ne voulons pas être Américains, nous ne voulons pas être Danois, nous voulons être Groenlandais. »
Si certaines formations politiques prônent une indépendance accélérée vis-à-vis du Danemark, toutes s’accordent sur un point essentiel : « L’avenir du Groenland doit être décidé par les Groenlandais eux-mêmes. »
Les propos de Donald Trump ont également suscité de vives inquiétudes à Copenhague et chez plusieurs alliés européens. Les États-Unis disposent d’une base militaire au Groenland depuis la Seconde Guerre mondiale, et un accord de défense signé en 1951 leur garantit déjà un large accès au territoire, sous réserve d’en informer les autorités locales.
Une rivalité géopolitique croissante dans l’Arctique
La Maison Blanche a confirmé que le président américain étudiait « activement » l’hypothèse d’un achat du Groenland, sans exclure l’option militaire. Donald Trump a répété qu’il ne laisserait « ni la Russie ni la Chine occuper le Groenland », alors même qu’aucune de ces puissances ne revendique le territoire.
Nuuk et Copenhague rejettent les arguments américains, notamment ceux liés à une supposée mainmise chinoise sur les ressources locales. « Nous ne partageons pas l’idée que le Groenland serait envahi par les investissements chinois », a assuré le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen.
Dans une interview accordée au New York Times, Donald Trump a reconnu qu’il pourrait être contraint de choisir entre le contrôle du Groenland et le maintien de l’intégrité de l’OTAN. Une perspective jugée alarmante par la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, qui a averti qu’une prise de contrôle américaine mettrait fin à « tout », y compris à l’Alliance atlantique et à l’architecture de sécurité issue de l’après-guerre.
Une rencontre est prévue la semaine prochaine entre le secrétaire d’État américain Marco Rubio, son homologue danois et des représentants groenlandais afin d’aborder cette situation sensible.
Selon un sondage publié en janvier 2025 dans la presse locale, 85 % des Groenlandais se déclarent opposés à une intégration aux États-Unis, contre seulement 6 % favorables, confirmant le rejet massif de toute annexion.

