Au lendemain de la capture spectaculaire de Nicolas Maduro par les forces américaines, le président Donald Trump a durci le ton envers la dirigeante par intérim du Venezuela, Delcy Rodríguez. Washington brandit sanctions, pressions économiques et menaces sécuritaires, tout en affirmant vouloir juger les actes du nouveau pouvoir au cas par cas.
Donald Trump a menacé dimanche 4 janvier la dirigeante par intérim du Venezuela, Delcy Rodríguez, d’un sort « probablement plus élevé » que celui réservé à Nicolas Maduro, président déchu capturé la veille par les forces américaines puis exfiltré vers New York pour y être jugé. « Si elle ne fait pas ce qu’il faut, elle va payer un prix très cher », a déclaré le président américain dans un entretien accordé au journal The Atlantic, estimant que le Venezuela était « totalement en faillite ».
Cette déclaration intervient au lendemain d’une opération spectaculaire menée par les États-Unis, qui ont procédé à l’enlèvement de Nicolas Maduro, 63 ans, et de son épouse Cilia Flores, 69 ans. Le couple est accusé de « narcoterrorisme » par la justice américaine, après des mois de frappes ciblées contre des embarcations soupçonnées de trafic de drogue.
Commentant l’opération, Donald Trump avait affirmé samedi que les États-Unis allaient désormais « diriger » le pays de 30 millions d’habitants, se disant prêt à y déployer des troupes au sol et à lancer une « seconde vague » d’attaques. Des propos rapidement tempérés par le secrétaire d’État Marco Rubio, qui a souligné que Washington comptait avant tout sur Delcy Rodríguez et d’autres responsables en place pour répondre aux exigences américaines.
« S’ils ne prennent pas de bonnes décisions, les États-Unis conserveront de nombreux leviers d’influence, notamment l’embargo pétrolier », a averti Marco Rubio. « Nous allons juger, à l’avenir, tout ce qu’ils font », a-t-il ajouté, laissant planer la menace de nouvelles sanctions.
Au Venezuela, l’armée a reconnu Delcy Rodríguez comme présidente par intérim, a annoncé le ministre de la Défense Vladimir Padrino López, appelant la population à reprendre une vie normale. Il a également exhorté les Vénézuéliens à « ne pas céder à la peur », accusant les États-Unis d’avoir commis un « enlèvement lâche ».
À Caracas, la situation semblait toutefois plus calme dimanche. Les patrouilles armées observées la veille avaient disparu, tandis que des habitants faisaient la queue devant des commerces d’alimentation, certains limitant l’entrée des clients par crainte de pillages, selon des journalistes de l’AFP.
Si Marco Rubio affirme que les États-Unis ne souhaitent plus s’enliser dans la gestion politique de pays étrangers, comme en Irak ou en Afghanistan, Donald Trump n’a pas caché son intérêt pour les immenses réserves pétrolières du Venezuela. Il a annoncé vouloir autoriser les compagnies américaines à exploiter le pétrole vénézuélien, actuellement écoulé sur le marché noir, notamment vers la Chine.
« Le Venezuela n’a pas la capacité de relancer cette industrie », a estimé Marco Rubio sur CBS, affirmant que les entreprises occidentales, hors Russie et Chine, manifesteraient un fort intérêt.
Sur le plan judiciaire, Nicolas Maduro comparaîtra lundi devant un tribunal américain. La Maison Blanche a diffusé des images du président déchu menotté, escorté par la Drug Enforcement Administration (DEA), suscitant de vives réactions à l’international.
À la demande de Caracas, le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir lundi, tandis que plusieurs capitales dénoncent une « violation du droit international ». L’Union européenne a exigé le « respect de la volonté du peuple vénézuélien », seul moyen, selon elle, de restaurer la démocratie.
Marco Rubio a toutefois jugé prématuré d’évoquer l’organisation d’élections. « Ce qui nous importe avant tout, c’est la sécurité, le bien-être et la prospérité des États-Unis », a-t-il déclaré.
Si des partisans de Maduro ont dénoncé l’intervention américaine, des milliers de Vénézuéliens en exil ont célébré la chute de l’ancien homme fort. « Enfin nous allons avoir un pays libre », a confié à l’AFP Yurimar Rojas, vendeur ambulant à Santiago du Chili.

